L’Oedipe Aujourd’hui : Mythe, Structure, Nouages

Mars 09, 2019 | 08:30

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Informations Générales

"L’Oedipe Aujourd’hui : Mythe, Structure, Nouages"

J’ai trouvé en moi, comme partout ailleurs, des sentiments d’amour envers ma mère et de jalousie envers mon père, sentiments qui sont, je pense, communs à tous les jeunes enfants.” S.Freud, Lettre à W. Fliess (15 octobre 1897).

Freud a découvert, dans la tragédie de L’Oedipe de Sophokles, une vérité propre à l’humain. Cette vérité refoulée au coeur des névroses, est universelle et tragique. Elle est à l’origine de la naissance de la culture. Alors que Freud a rencontré des plus grandes résistances au début du 20e siècle, le changement s’est poursuivi sur un fond culturel, de ce qui est conçu de la sexuation. Or, que nous enseigne le mythe oedipien sur “être femme” ou “être homme”? Rien du tout! dit Lacan. L’interdit cause le désir par le fait même de l’interdir. De fait, L’Oedipe est un mythe du père et de son désir. D’où la possibilité de reconnaitre sa fonction comme nom: le(s) Nom(s)-du-Père.

Un siècle après, L’Oedipe est banalisé dans l’imaginaire collective étant condamné à être le gardien d’une hétéronormativité conservatrice. La mise en question du patriarcat par le féminin et le déclin du père a accéléré ce processus. La fin de la culture moderne annoncée par le néolibéralisme, a modifié les structures familiales. La problématique de l’identité sexuelle et queers; la violence face à la précarité du lien causé par une globalisation de consommation; le populisme massif et la recherche du pouvoir autoritaire sont devenues les piliers de nos interrogations actuelles. Selon les axes cliniques, politiques et éthiques, il nous faut débattre sur le statut de l’impossible, du savoir et de la vérité suivant le parcours entamé par L’Oedipe.

"Le Colloque International de Psychanalyse est organisé par l'UFR Psychologie de l'Université Istanbul Arel. 

L'inscription est obligatoire. La traduction simultanée sera assurée en turc et en français."

Présidente du Commité d'Organisation: Dr. Ceylin Özcan

Intervenant(e)s

Christian Hoffmann
Joel Birman
Moustapha Safouan
Bilgin Saydam
Dr. Öğr.
Ceylin Özcan

Istanbul Arel University
Nami Başer
Özge Soysal
Tristan Ayi Ajavon
Anissa Merhi
Hachem Tyal
Josiane Vidal
Aida Sylla
Agnès Bardin
Paul Lacaze

Programme

09:00 - 09:30
Ouverture
Ö. Şimsek - C. Özcan - C. Hoffmann - P. Lacaze
Moderateur: Ceylin Özcan
09:30 - 10:00
Christian Hoffmann
Les noms-du-père, la structure et les subjectivités contemporaines - Resume
10:00 - 10:30
Joel Birman
La Violence dans la société brésilienne contemporaine - Resume
10:30 - 11:00
Moustafa Safouan (Vidéo)
La civilisation post-oedipienne
11:00 - 11:30
Pause Cafe
Modérateur : Fiona Faraci Petridis
11:30 - 12:00
Bilgin Saydam
"Homo Interus -ergo Inquietus-": Portrait de L'Oedipe polymythique comme un anti-héros des interstices - Resume
12:00 - 12:30
Ceylin Özcan
"Anatomy is not destiny": L’angoisse et le féminin - Resume
12:30 - 13:00
Nami Başer
Le père d’Oedipe était-il queer? - Resume
Modérateur: Özen Alemdar
14:30 - 15:00
Özge Soysal
L’Oedipe aujourd’hui: Une tragédie dépourvue de la dernière scène - Resume
15:00 - 15:30
Tristan Ayi Ajavon
Actualité du maitre colonial et au-delà du nouage oedipien - Resume
15:30 - 16:00
Anissa Merhi
Au Nom-du Père Guerres et destins pulsionnels chez des Femmes Libanaises (Société Libanaise de Psychanalyse) - Resume
Modérateur: Herve Granier
16:30 - 18:00
Hachem Tyal
Droit à l’avortement chez les personnes souffrant de troubles mentaux, entre foi et loi. Expérience marocaine - Resume
Josiane Vidal
Yeni klinik yaklaşımlar ve Cinselleşme - Resume
Aida Sylla
La Thérapie familiale systémique dans une société en mutation - Resume
Agnès Bardin
Procréation oedipiennement assistée - Resume
18:00 - 18:30
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Universite Istanbul Arel

L’Oedipe Aujourd’hui : Mythe, Structure, Nouages


Lieu du Colloque
Lycée Notre Dame de Sion
Grande Salle

Adresse
İnönü Mahallesi, Cumhuriyet Cd. No:127, 34373 Şişli/İstanbul

Téléphone
+90 850 850 27 35

Externe
2148

E-Mail
oedipus@arel.edu.tr

Curriculum Vitae

Christian Hoffmann


  • Psychanalyste, membre d’Espace analytique et de CRPMS
  • Directeur de l’École Doctorale Recherches en Psychanalyse (ED 450)
  • Professeur de psychopathologie à l’Université Sorbonne Paris Cité - Paris Diderot
  • Professeur associé à l’Université de Tongji (Shanghai)
  • Co-auteur de Trauma dans la civilisation (2018), Lacan et Foucault à l'épreuve du réel (2018), Auteur de Des Cerveaux et des Hommes (2007)
Curriculum Vitae

Joel Birman


  • Psychanalyste, membre d'Espace analytique et de l'Espaço Brasileiro de Estudos Psicanaliticos.
  • Professeur titulaire de l'Institut de Psychologie de l'Université Fédérale de Rio de Janeiro
  • Professeur-adjoint de l'Institut de Médecine Sociale de l'Université de l'Etat de Rio de Janeiro
  • Chercheur au Conseil National de Recherche (CNPQ) au Brésil
  • Directeur d'études en sciences humaines à l'Université Sorbonne Paris Cité – Paris Diderot
  • Auteur de Foucault et la psychanalyse (2007), De la Pulsion à la Culture (1998), Cartographie du contemporain : Espace, douleur et détresse dans l'actualité (2009). Co-auteur de Lacan et Foucault à l'épreuve du réel (2018).
Curriculum Vitae

Moustapha Safouan


Psychanalyste egyptien, L'un des premiers disciples de Lacan depuis 1951.

  • Auteur de La Civilisation Post-Oedipienne (2018), Regard sur la Civilisation Oedipienne (2015), Pourquoi le monde arabe n’est pas libre (2008), Lacaniana I&II (2001), La Parole ou la Mort (1996), Le Transfert et le Désir de l’analyste (1988)
  • Traducteur en arabe de l'Interprétation des Rêves (Freud), de Othello (Shakespeare)
Curriculum Vitae

Bilgin Saydam


  • Professeur de psychiatrie à l'Université Istanbul Faculté de Médecine
  • Docteur en neurophysiologie à l'Université de Zurich
  • Fondateur et membre du Groupe de travail de Psychomythologie Istanbul
  • Psychothérapeute, auteur de Deli Dumrul'un Bilinci (2017)
Curriculum Vitae

Ceylin Özcan


  • Docteur en psychologie clinique, psychopathologie et psychanalyse (Paris), Psychanalyste
  • Maître de conférences et coordinatrice de l'enseignement supérieur à l'Université Istanbul Arel
  • Maître de conférences associé à l'Université Galatasaray (2016/2018)
  • Chercheur associée au CRMPS (Centre de Recherche Médecine, Psychanalyse et Société) à l'Université Sorbonne Paris Cité- Paris Diderot
  • Membre de AlfaPsy et WPA Section de Psychanalyse en psychiatrie

Thèmes de recherche: La clinique des psychoses, la psychopathologie clinique, l'angoisse et les subjectivités contemporaines, la psychanalyse freudo-lacanienne.

Curriculum Vitae

Nami Başer


  • Philosophe, poète écrivain, critique littéraire, traducteur
  • Professeur en philosophie à l'Université Galatasaray
  • Professeur en théatre à l'Université Okan.
  • Auteur de Lacan (2012), Evsizlik Defterleri (2008);
  • Traducteur de J. Genet, M. Blanchot, E. Levinas, P. Gillot.
Curriculum Vitae

Özge Soysal


  • Docteur en psychologie clinique et psychopathologie (Strasbourg), Psychanalyste
  • Maître de conférence à l'Université Kültür (2009-2016), organisatrice des “Travaux interculturelles”
  • Editeur de la revue de l'UFR de Psychologie à l'Université Kültür
  • Psychologue clinicienne en psychiatrie d'adultes à l'Hôpital Allemand (2007-2009)
  • Traductrice et co-traductrice de  S. Lesourd, J.P. Cléro, M. C. Janin, J. -D. Nasio, J.M. Quinodoz Prix de meilleure traduction de la Revue “Ecrits Psychanalytiques” (2017)
  • Prix d'article originale de l'Association Psychanalytique d'Istanbul (2006)

Thèmes de recherche: Féminité, travaux interculturels, le discours contemporain, la psychopathologie et le lien social, Lacan et études sur la Turquie

 

Curriculum Vitae

Tristan Ayi Ajavon


  • Psychologue clinicien 
  • Pratique institutionnelle en lieux de soins et dans le champ judiciaire.
  • Doctorant - Recherche en psychopathologie et psychanalyse à l’Université Sorbonna Paris Cité – Paris Diderot & EHESS.
Curriculum Vitae

Anissa Merhi


Psychanalyste, Membre associé de Société Libanaise de Psychanalyse (SLP)

Curriculum Vitae

Hachem Tyal


  • Psychiatre, psychanalyste, fondateur et directeur médical de Clinique Psychiatrique Villa de Lilas (Casablanca Prefecture, Maroc) 
  • Président d'AlfaPsy, Vice-Président et membre fondateur du "CERCLE PSYCHANALYTIQUE"
Curriculum Vitae

Josiane Vidal


Psychiatre, pédopsychiatre, psychanalyste, Montpellier 

Curriculum Vitae

Aida Sylla


Professeur de Psychiatrie Hôpital de Fann, psychothérapeute, Dakar (Sénégal)

Curriculum Vitae

Agnès Bardin


Psychanalyste, Docteur d'enfants et d'adolescents, Montpellier

Curriculum Vitae

Paul Lacaze


  • Neuropsychiatre, Psychanalyste, Exercice privé mixte libéral et institutionnel,
  • Président honoraire et fondateur ALFAPSY, Montpellier (France)

Les noms-du-père, la structure et les subjectivités contemporaines.
Christian HOFFMANN

 

Lacan pose dans son séminaire RSI, en 1975, la question de savoir s’il est indispensable que le nœud, la structure, soit tenu par les Noms-du-Père. Et combien même si ça l’était, ça ne veut pas dire que ça l’est toujours. Ce qui veut dire que la « suppléance » pour non indispensable, devient contingente.

Et Lacan de prophétiser que même s’il y a besoin encore aujourd’hui du Nom-du-Père dans l’analyse, cela ne signifie nullement qu’on ne puisse pas s’en passer. Aujourd’hui c’est parce que nous sommes encore, dit-il,  si inconsistant que nous sommes entièrement suspendus aux Noms-du Père.

Il nous incombe de nous poser la question presque 50 ans après cette fantastique ouverture de la question du nouage de la structure aux Noms-du-Père de ce qu’il en est de notre inconsistance subjective post-moderne.

Bref, un programme de travail s’ouvre aux analystes dans notre monde post-moderne, qui à la suite de Lacan se propose de « rejoindre la subjectivité de son époque »[1]. Pourquoi ? : « Car comment pourrait-il faire de son être l’axe de tant de vies, celui qui ne saurait rien de la dialectique qui l’engage avec ces vies dans un mouvement symbolique. Qu’il connaisse bien la spire où son époque l’entraîne dans l’œuvre continuée de Babel, et qu’il sache sa fonction d’interprète dans la discorde des langages ». Il faut néanmoins actualiser ce programme en y ajoutant la mutation du réel, qui de l’universel oedipien, est passé aux particularités des symptômes avec lesquels le sujet manifeste son empêtrement dans son réel. Sans oublier le nouveau réel politico-scientifique.

            Ce qui suppose que nous étudions les constructions subjectives post-modernes dans une société en mutation se distinguant par une variabilité et une multiplicité des normes qu’aucun ordre symbolique n’est à même d’unifier dans une quelconque identité subjective individuelle et collective. Tout comme le disaient Lacan et Foucault dans leurs derniers enseignements, ils se rejoignent incontestablement sur ce point[2], qui est celui de la contingence.

 

On sait depuis longtemps que l’expérience psychanalytique n’est plus la même qu’il y a quelques années. A savoir qu’on n’analyse plus aujourd’hui comme auparavant. On doit rappeler sur ce point le livre de Moustapha Safouan sur La civilisation post-oedipienne[3], où il montre les effets de la société néo-libérale sur les formes nouvelles de la subjectivation, qui privilégie « l’individu », conçu comme une unité autonome et responsable de soi-même, sur le sujet défini par la psychanalyse comme divisé et marqué par le rapport à sa propre parole. Ce qui veut dire qu’il y a un rapport du sujet, divisé entre son énoncé et son énonciation où il cherche la reconnaissance de son être. Foucault, dans le cours sur L’herméneutique du sujet[4], a justement dit qu’on ne peut pas penser la subjectivité sans faire référence aux contributions de Lacan sur le sujet de la psychanalyse. Aujourd’hui, dans l’après-coup des derniers séminaires de Lacan, on peut comprendre ce que Lacan disait de la psychanalyse, qu’elle nous à permis de prendre la juste mesure du parlêtre.

Lacan va faire dans ce séminaire la distinction entre un symptôme social et un symptôme particulier, ce qui à certainement sa pertinence dans le meilleur des cas possibles.

La question qu’on va poser est la suivante : est-ce que ça empêche le symptôme, tel que nous le définissons avec Lacan comme une façon de jouir de l’inconscient, en tant que l’inconscient le détermine de la façon la plus particulière?

LA VIOLENCE DANS LA SOCIÉTÉ BRÉSILIENNE CONTEMPORAINE
Joel BIRMAN

L'intention de cette intervention est d' établir les lignes de force et les coordonées majeurs par lesquelles la violence au Brésil s'est établit, , au espace social urbain, depuis les années 60. Les inégalités présentes dans la société brésilienne seront alors bien esquissées, pour remarquer les formes de subjectivation qui ont été produites á cause de cette violence-là. Ce sera à cause des formes de subjectivation que le discours psychanalytique sera mis en évidence dans cette intervention.

Homo interus -ergo inquietus-‘: Portrait de l’Oedipe polymythique comme un anti-héros des interstices
Bilgin SAYDAM

Trad: Ceylin ÖZCAN

Dans l’interprétation de Sophocles et de Freud, l’Oedipe est le héros inquiet des “interstices”. Bien qu’il soit en doute et dans les inconnus multiples, il agit, toujours. Il construit son être-dans-le-monde par ses actions dans le but de sortir des entre-deux. Il est le protagoniste “passionné de l’héroïsme” et résiste irrémédiablement à être le “anti-héros”. Son schéma d’action et de position, différent tant de la motion passionnelle que l’intentionnalité nette et claire du héros, met l’anti-héros dans une ambivalence identificatoire. Les anti-héros sont dans leurs interrogations sur le monde et eux-mêmes avec leurs doutes, leurs inactions plus que leurs actions. Les interrogations sont la fermentation d’une transformation de faire un héros du anti-héros, grâce un regard comme meta. Peut-être que les héros sont ceux qui font ‘avancer’ et grandir l’individu et la société; mais ceux qui les transforment et qui stimulent les dynamiques métaphoriques sont les anti-héros. L’Oedipe contribue à l’étayage éthique au système patriarcale qui s’émeut de la mère vers le père; avec ses actions et son histoire qui cria que la faute incarne la peine. En revanche, dans la transformation que le héros sèmerait, il ne s’agit pas du passage vers un schéma psycho-socioculturel différent car l’histoire est prise dans une hâte. L’Oedipe est dans la pression d’une nécessité de conduite. Le victime et l’héros qu’est l’Oedipe, “un homme d’ordre”. L’ordre doit sa continuité a(ux) Oedipe(s). Son histoire de Kolonos à Thebai, au sein des Eumenides maternelles est la mise en forme de la commande de Zeus-Apollo-Laios paternelle. L’Oedipe ne se libère pas d’une manière trans-oedipale: son héritage est celui du complexe oedipien qui couvre son malaise dû aux entre-deux.

“Anatomy is not destiny”: l’angoisse et le féminin
Ceylin ÖZCAN

Le trajectoire de l’Oedipe est celui du mythe freudien du père; un père qui tire son pouvoir d’interdiction de l’avoir/de ne pas l’avoir. Avec Lacan et sa lecture de Freud, la trajectoire évolue vers un père comme nom. Désormais le père tire son pouvoir, symbolique, de sa fonction métaphorique. Il met sens au désir maternel. Mais cette signification n’est possible que si à cette place dont occupe le père, un sujet divisé du désir inconscient est reconnu par l’autre.

Que nous enseigne le mythe de l’Oedipe sur le féminin? De l’interdit de l’inceste à l’impossible de la jouissance (une jouissance mythique de la préhistoire) du fait d’être parlant, la place du féminin au sein du sujet reste comme un trou. Ni l’anatomie, ni la culture, ni le langage, ni l’image captivante, ne suffisent à répondre à la question qui garde son énigme: Qu’est-ce qu’une femme ? Que veut-elle?

artant de l’oeuvre subversif d’une artiste anglo-saxonne féministe, Linder Sterling, sur l’image du corps féminin, nous allons nous interroger sur le féminin dans le monde post-oedipien.

Le père d’Oedipe était-il queer?
Nami BAŞER

On partira de deux constats:

  1. On néglige en général, quand on raconte le mythe d’Oedipe, la faute de son père, c’est-à-dire le fait que celui-ci a violé auparavant le fils du roi de Péloponnésien, Chrysippos
  2. Lacan, dès 1954 insistait sur ceci: Œdipe ne peut pas tenir l’affiche dans des sociétés où le sens de la tragédie se perd de plus en plus C’est aussi le même Lacan qui précisait que dans une famille les véritables enfants c’étaient les parents.

À partir de là on essayera d’argumenter pour démontrer que le père d’Oedipe était bien queer.

L’Œdipe Aujourd’hui : Une tragédie dépourvue de la dernière scène
Özge SOYSAL

La tragédie, comme le rappelle Pierre Vidal-Naquet en suivant le mot frappant de Walter Nestle, prend naissance quand on commence à regarder le mythe avec l’œil du citoyen. Etant une ancienne forme de récit, la tragédie ne peut être séparée de la représentation tragique, c’est-à-dire d’une part de l’opposition entre plusieurs acteurs qu’elle différencie (le héros et le chœur, le chœur et le citoyen, les dieux et les citoyens, la vérité collective et la transgression du héros etc.) et d’autre part de l’arrivée du dernier mot qui énonce une décision, autrement dit un nouage symbolique qui clôt ainsi l’histoire tout en y donnant son tonnage tragique.

C’est d’ailleurs ce qui travaille fondamentalement Freud et ensuite Lacan dans leur intérêt à ces textes fondateurs de l’humanité en ce qu’ils portent en leur sein la division du sujet, n’est-ce pas la castration symbolique en tant que l’irrémédiable maladie de l’être parlant. Donc, au-delà d’une histoire d’amour passionnelle et dramatique, le mythe d’Œdipe représente toujours plus que cela pour un psychanalyste, comme celui d’Antigone qui dit plus qu’une bataille entre une jeune fille sauvage et l’impitoyable raison d’Etat. A vraie dire, les histoires intéressent un psychanalyste jusqu’au certain niveau, car sa réflexion se porte plutôt sur la structure du récit étant une forme méthodologique, esthétique et éthique permettant ou pas à une prise de position subjective. Rappelons-nous que l’énonciation de la dernière décision des tragédies ne sort pas de la bouche du chœur ni des citoyens ou des dieux mais du héros lui-même. Autrement dit, c’est Œdipe en tant que celui qui sait qui prend la responsabilité d’un savoir de sa vérité subjective.

En partant de notre discours social dominant en lien avec les expressions actuelles de la souffrance subjective, je propose ainsi de discuter les nouvelles formes de récits qui restent sans clôture au sens d’une nomination symbolique et d’une prise de position subjective, tout en restant ouverts aux impasses des mises en scènes contemporaines. Une tentative qu’on peut forcement mettre en lien avec la dénie de l’existence d’un inconscient en tant que lieu d’un savoir impossible.

Le maître contemporain au prisme de la colonialité : effets sur le nouage œdipien?
Tristan Ayi AJAVON

Il se dit qu’il y a de la colonialité chez le maître contemporain, ou encore, que le capitalisme, dans sa déclinaison néolibérale actuelle, n’est pas sans rapport avec les situations coloniales passées. Mais, qui parle ? D’autant que l’inconscient lui-même relève du discours du maître…

Bien que toujours plus sophistiquées, les technologies du pouvoir mobilisées pour la gestion des populations ne semblent être en mesure de pallier la précarisation des sujets dans leur rapport au symbolique. Cette perspective d’un déclin de la fonction paternelle laisse un nombre croissant d’entre eux aux prises avec une jouissance dont la régulation pose difficulté. Si le complexe d’œdipe est « l’habillage mythique de la structure du désir », que nous enseigne la mise en cause de la fonction signifiante du père ? Comment ajuster notre déchiffrage clinique à ces changements ?

Par l’inventivité de son symptôme, le sujet vient répondre au malaise dans la culture. À cet égard, nous interrogerons ici l’affaiblissement généralisé des médiations symboliques à partir d’une variation spécifique de discours identitaires, dont le motif est la colonialité. Par-delà les débats nécessaires autour de la construction collective d’une vérité historique, nous souhaitons ici mettre en relief ce que l’usage de ces discours enseigne des modalités nouvelles de rapport à la division subjective et à l’objet.

Il est question de penser ensemble, d’une part les processus historiques qui tendent à massifier la multiplicité des corps, et d’autre part le sujet de l’inconscient qui, au un par un, trouve dans ce théâtre mondialisé matière à sa jouissance. À ces jeux d’échelles vertigineux, qui scindent trop schématiquement le collectif et l’individuel, la topologie lacanienne répond d’une manière tout à fait subversive et éclairante pour la pratique.

Au Nom-du Père : Guerres et Destins pulsionnels chez les femmes libanaises
Anicée el Amine Merhi  

S’agit-il- du père Symbolique  , Imaginaire , Réel !

Avant de répondre hâtivement à cette interrogation, il faut mentionner des axes basiques sur quoi se maintient la structure sociétale au Liban :

  1. Les lois sur les statuts personnels sont toujours inscrites aux Noms des communautés religieuses, indépendamment de la religiosité des citoyens libanais. Autrement dit, les lois de  mariage et de divorce s’enregistrent dans les lieux propres à chacune des communautés.
  2. Dans cet ordre symbolique, les femmes sont les filles, les sœurs , les épouses et les mères des hommes dont elles portent les noms. Dans ce sens,  Le sujet de l’inconscient , c’est le discours de l’Autre.
  3. Le féminin dans le discours de l’Autre, C’est Marie vierge chez les chrétiens, et Hagar chez les musulmans. Hagar هاجر , la grand-mère dont le nom est rayé dans la tradition islamique, parce que c’est la femme désirante  , elle est  l’autre femme qui défie la femme de l’Autre , Sara, et dont le destin était la répudiation et le rejet.
    Conclusion de cet ordre symbolique,  la « Femme n’existe pas » en tant qu’entité et personne à part entière.
  4. La guerre libanaise , avec ses « catastrophes politiques » , se conjugue avec les intrusions régionales et internationales et ne fait qu’attiser les menaces intercommunautaires. Ce qui aboutit à ce que nous avons appelé la mobilisation des familles.  Garçons et filles trouvent dans la communauté confessionnelle le «  sein nourricier » , précisément auprès des princes de guerre pour se protéger contre un ennemi hypothétique. Donc , ce n’est pas le moment de la différence des sexes, c’est l’égalitarisme des sexes.
  5. l’égalitarisme trouve sa justification dans le discours de la modernité. Un Imaginaire sans limites.  Ces femmes s’élancent , phalliquement, avec des diplômes : performance , courage , statuts de premier ordre.. etc. Mais la plus part des cas,  avec une confusion entre le masculin et le phallique. Mais ce « n’est pas tout », en elles bouillonne quelque chose qui les dépassent.
  6. Défendre le père réel , déchu dans son statut , par amour , s’identifiant à lui, ou à un frère , elle est dans le rejet d’un féminin qui n’est que l’équivalent  d’un sexe faible, qui pourrait être violé , elle bute contre le Réel de son être de femme et de mère.
  7. Combler le manque de sa mère, désirer son désir, pour être son phallus, nous voilà au fond d’une problématique qui ne fait que la tourner en rond, et la rendre fragile devant son propre désir. Nous voilà dans une clinique qui s’alourdit avec les mutations sociales qui aplatissent les nuances et les questions et qui rejoignent le tableau du sujet contemporain: divisé subjectivement, aliéné devant l’imago des avancées scientifiques , occidentales, mais ancré dans la Lalangue de sa culture, dont il est incapable de s’en séparer . De ce fait , la dépression, la phobie deviennent monnaie courante. Ainsi que d’autres avatars qui retiennent cette femme dans son parcours pour la réalisation de ce qu’elle projette devant soi- même.

Droit à l’avortement chez les personnes souffrant de troubles mentaux, entre foi et loi. Expérience marocaine
Hachem TYAL

Le problème auquel nous pensons lorsque nous évoquons l’avortement, l’interruption volontaire de grossesse touche à l’embryon /fetus que l’on doit amener au terme, sans ses conséquences: mais que peut-on dire de ce qui vit - ou plutôt de ce qui meurt..- dans la mère qui le porte? Et que peut-on dire de l’avenir de cet embryon/fetus porté par cette mère? Cela est vrai pour les femmes enceintes, en général, mais le problème concerne particulièrement celles avec troubles mentaux. Quelle est la solution à ce problème dans une société enracinée dans la culture islamique arabe comme la société Nord africaine maghrébine : Le Maroc? Ce travail va essayer de répondre a ces questions.

Nouvelle Clinique et Sexuation
Josiane VIDAL

Quel éclairage peut apporter la psychanalyse face aux nouveaux enjeux de la clinique contemporaine relativement aux questions de genre ? Le genre en tant que norme socio- culturelle qui déterminerait l’être « homme » et l’être « femme » est de plus en plus contesté. Le langage s’ouvre à de nouvelles dénominations tenant compte de ce brouillage des oppositions traditionnelles.

Des personnes se présentent à la consultation avec une identité « non –binaire », c’est-à- dire remettant en question la différenciation binaire classique des sexes, sur fond d’angoisse diffuse, de mal-être et de difficultés relationnelles.

Une certaine flexibilité quant à l’identité est retenue et même revendiquée : le choix de ne pas choisir. Y aurait-il une position hors-sexuation, hors choix fixe ou choix du bi ?

Les associations féministes et queers, qui militent pour une reconnaissance des droits des minorités de genre, sont un reflet des mutations sociétales en cours et donnent une idée des différentes identités répertoriées, on les évoque sous l’acronyme LGBT (Lesbien, Gay, Bisexuel, Transgenre) auquel se rajoutent QIA (Queer, Inter-sexe hermaphrodite, Asexuel). Comment penser avec la psychanalyse cet au-delà de la différence des sexes, au-delà de l’assignation anatomique et des stéréotypes culturels?

La thérapie familiale systémique : un outil institutionnel dans une société en mutation
Aida SYLLA

En Afrique, la famille est une structure large voire élargie, un système d’interactions complexes qui ne se définit pas seulement selon les seuls critères de la consanguinité et de la cohabitation.

Les sociétés africaines ne sont nullement fixées et incapables d’évolution. Nous vivons en terre africaine une époque où se côtoient et se rencontrent tradition et modernité, provoquant ainsi la remise en question des éléments qui assuraient et justifiaient l’organisation des sociétés traditionnelles. L’intervention de nouvelles normes éthiques, politiques et religieuses ont largement contribué à leur transformation.

La thérapie familiale systémique est un modèle de prise en charge psychothérapique du patient et du groupe familial auquel il appartient. Il a été introduit à la fin des années 90 au Sénégal et est utilisée par plusieurs spécialistes du soin.

Nous décrivons des outils de la thérapie familiale systémique et leur utilisation pour aider des familles ou des couples confrontés à des problèmes nouveaux dans leur contexte socioculturel.

Procréation Oedipiennement assistée
Agnès BARDIN

A partir du cas clinique d’une fille de 9 ans souffrant de douleurs abdominales ,nous explorerons les conséquences psychiques possibles pour un enfant lorsqu’il est informé à l’avance :

  1. Du désir de ses parents d’avoir un 2ème enfant
  2. Et qu’ils feront appel à une assistance médicale à la procréation .

Dans ce cadre , une résolution de l’Œdipe est-elle encore possible?  

Du glissement de la clinique du Sujet à celle de l’Objet
Paul LACAZE

La clinique du Sujet, par la vérité de l’inconscient qui s’y dévoile, ne peut être que singulière, imprévisible, inquiétante, souvent irreprésentable. Elle suscite toutes les résistances. Elle se heurte inévitablement, au point parfois de disparaître, à la clinique de l’Objet (neuronal ou physiologique ou comportemental) dont l’application collective est plus maniable, représentable, praticable rentable. Elle est maîtrisable ! Faut-il le redouter, le regretter  ou bien l’admettre et en faire un ressort pour l’avenir ?

Grâce au langage, le caractère subversif du questionnement du Sujet, tout en étant une souffrance, est une chance pour l’humain et sa créativité. En revanche, qu’en advient-il lorsque le développement de la science en tant que raison tout comme la croyance religieuse en tant que foi prétendent apporter la réponse collective ayant valeur d’Objet, parfois nécessaire, souvent utile et séduisant mais au prix de l’étouffement du Sujet ? Où se trouve donc la juste alliance entre l’écoute du Sujet et le maniement de l’Objet ?